Une tribune d’expression populaire relance un dialogue extra-communautaire et intercommunautaire à Masumbuko

Dans un contexte encore marqué par des tensions persistantes, une tribune d’expression populaire a réuni samedi dernier plus de 130 participants à Masumbuku, localité du secteur de Walendu Tatsi, dans le territoire de Djugu. Organisée dans la grande salle polyvalente du secteur, cette rencontre s’inscrit dans une dynamique de relance du dialogue communautaire et de consolidation de la paix dans la province de l’Ituri.
L’initiative est portée par le Forum des Mamans de l’Ituri (FOMI), en partenariat avec l’organisation International Alert, avec l’appui financier de l’Union européenne. Elle s’intègre dans le cadre du projet « Renforcement de la cohésion sociale en Ituri et au Nord-Kivu (Nashiriki kwa Masikilizano II) », qui vise à promouvoir des mécanismes inclusifs de prévention des conflits et de réconciliation communautaire.
Placée sous le thème « Facteurs qui brisent la cohabitation pacifique intra et intercommunautaire entre Hema Nord et Walendu Tatsi : pistes de solutions pour le renforcement de la cohésion sociale », la rencontre a permis d’ouvrir un espace d’échanges directs entre membres des communautés concernées. Les discussions ont mis en lumière les causes profondes des tensions, notamment les conflits fonciers, la méfiance mutuelle, la manipulation identitaire et l’insécurité persistante liée à la présence de groupes armés.
Au total, 134 participants issus des communautés Bahama Nord et Walendu Tatsi ont pris part aux travaux. Ils provenaient de plusieurs villages environnants, notamment Bud’o, Ngobi, Buku, Saliboko et Masumbuko. La diversité des profils – femmes, leaders communautaires, jeunes et représentants locaux – a favorisé des échanges pluriels et parfois critiques, mais globalement orientés vers la recherche de solutions durables.
La rencontre a également enregistré la présence d’autorités coutumières, de notabilités locales ainsi que de certains éléments affiliés à des groupes armés, dont des membres présumés de la milice CODECO. Une participation jugée significative par les organisateurs, qui y voient une opportunité d’engagement direct avec les acteurs impliqués dans les dynamiques sécuritaires locales.
Au cœur des recommandations formulées figure un appel pressant à l’endroit des groupes armés à adhérer au Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation (P-DDRCS), initiative du gouvernement congolais visant à favoriser la sortie de crise par la réintégration socio-économique des ex-combattants et la stabilisation des zones affectées.
Des voix locales pour la paix et la responsabilité communautaire
Parmi les interventions marquantes, plusieurs leaders locaux ont livré des messages forts en faveur de la cohésion sociale.
Pour M. SHABA Schatz Bethuel, Secrétaire administratif du secteur des Walendu Tatsi, « les communautés Hema et Lendu sont appelées à vivre ensemble dans la cohésion sociale comme autrefois, ce qui nécessite avant tout de désarmer les cœurs ». Une déclaration qui met en exergue la nécessité d’un changement intérieur et d’une volonté collective de tourner la page des divisions.
De son côté, Mme NDAKISI Chudha Veneranda, Présidente de l’Association des Femmes pour la Paix et le Développement du secteur des Walendu Tatsi, a souligné avec lucidité le rôle parfois ambivalent des femmes dans le contexte de conflit. Elle a reconnu que certaines pratiques contribuent à la déstabilisation, appelant ainsi les femmes à cesser tout soutien aux groupes armés. « Les femmes doivent devenir des éducatrices de la paix et des actrices engagées dans sa promotion », a-t-elle insisté, tout en dénonçant l’usage de discours haineux et de propos incitant à la violence.
Les participants ont, dans l’ensemble, insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes locaux de résolution des conflits, de promouvoir un dialogue intercommunautaire permanent et de garantir une implication accrue des femmes dans les processus de paix.
Alors que le territoire de Djugu demeure l’un des épicentres de l’instabilité en Ituri, cette tribune apparaît comme une tentative concrète de rétablir les ponts entre communautés et de poser les jalons d’une paix durable. Pour les organisateurs, seule une approche inclusive, impliquant à la fois les populations locales, les autorités et les acteurs armés, permettra d’enrayer durablement le cycle des violences dans la région.
Ilanga Meta
