Ebola en RDC : MSF appelle à une réponse plus rapide et plus proche des communautés

RDC — À l’approche des 100 jours depuis la déclaration de la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, Médecins Sans Frontières (MSF) appelle à un renforcement urgent de la riposte, avec une approche davantage centrée sur les communautés.
L’organisation médicale internationale alerte sur la progression de l’épidémie et estime que la réponse doit désormais être plus rapide, flexible et mieux adaptée aux réalités des populations touchées.
Selon les données communiquées par MSF, au 16 août, les autorités sanitaires avaient enregistré plus de 5 000 cas confirmés et plus de 2 300 décès. L’organisation estime que cette flambée est devenue la plus importante et la plus meurtrière jamais enregistrée en RDC.
MSF rapporte également qu’au cours de la semaine précédant le 16 août, environ un décès lié à Ebola était enregistré toutes les 30 minutes, illustrant la gravité de la situation.
Pour le Dr Javid Abdelmoneim, président international de MSF, l’ampleur de la propagation du virus exige une réponse capable de suivre plus rapidement l’évolution de l’épidémie.
L’organisation estime que l’augmentation du nombre de lits dans les centres de traitement ne suffit pas. La riposte doit également mettre l’accent sur la détection précoce des cas, l’isolement sécurisé des personnes malades, le suivi des contacts et la protection des professionnels de santé.
Cette approche vise notamment à éviter que les patients arrivent trop tard dans les structures spécialisées, alors que le virus peut déjà avoir été transmis à plusieurs personnes de leur entourage.
MSF insiste particulièrement sur le rôle des communautés dans la lutte contre Ebola. En Ituri, notamment dans le camp de déplacés de Rho, près de Drodro, des responsables communautaires travaillent avec les équipes médicales afin de sensibiliser les habitants sur les symptômes de la maladie, le dépistage et l’importance d’une prise en charge rapide.
Le camp accueille près de 50 000 personnes, ce qui en fait un environnement où la propagation d’une maladie infectieuse peut rapidement devenir préoccupante.
Les relais communautaires jouent ainsi un rôle essentiel. Ils contribuent à identifier les personnes présentant des symptômes suspects, à les orienter vers les structures appropriées et à encourager les habitants à consulter sans attendre une aggravation de leur état.
Pour MSF, cette proximité avec les populations permet également de renforcer la confiance et de lutter contre les réticences qui peuvent retarder le recours aux soins.
L’un des principaux sujets d’inquiétude soulevés par MSF concerne le lieu où surviennent les décès.
Selon l’organisation, plus de 60 % des décès liés à Ebola depuis le début de l’épidémie sont survenus en dehors des centres de traitement.
Pour MSF, cette situation témoigne notamment des difficultés d’accès aux soins et des retards dans l’identification et l’orientation des personnes malades. Lorsque les patients restent à domicile pendant plusieurs jours avant d’être pris en charge, le risque de transmission au sein des familles et des communautés augmente.
L’organisation estime donc nécessaire de rapprocher davantage les services de santé des populations et de renforcer les capacités des structures sanitaires de première ligne.
La situation reste également difficile dans les provinces où le virus s’est récemment propagé. Le Nord-Kivu fait partie des zones particulièrement préoccupantes, avec des taux de mortalité élevés.
À ces difficultés sanitaires s’ajoute la méfiance d’une partie de la population envers les interventions de la riposte. Pour MSF, cette défiance peut constituer un obstacle supplémentaire à la détection précoce des cas et au recours rapide aux soins.
L’organisation appelle donc à renforcer le dialogue avec les communautés et à donner davantage de responsabilités aux acteurs locaux dans la réponse à l’épidémie.
MSF recommande également d’intensifier la formation des professionnels de santé et des responsables communautaires.
Ces formations devraient notamment porter sur la détection précoce des symptômes, l’orientation des patients, la prévention et le contrôle des infections ainsi que la protection du personnel exposé au risque de contamination.
Pour l’organisation, ces compétences doivent être disponibles au plus près des populations afin de permettre une intervention rapide dès l’apparition d’une alerte.
MSF indique être actuellement présente en Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, dans la Tshopo et au Haut-Uélé.
L’organisation gère six centres de traitement Ebola ainsi que plusieurs unités d’isolement. L’ensemble de ces structures dispose de plus de 400 lits, représentant environ un tiers de la capacité d’accueil de l’ensemble de la riposte nationale.
Plus de 1 400 membres du personnel de MSF participent aux opérations.
Depuis le début de l’épidémie, les équipes de l’organisation ont pris en charge plus de 2 000 patients, dont plus de 800 confirmés positifs à Ebola.
À Beni, dans la province du Nord-Kivu, MSF indique avoir adapté son intervention en renforçant son intégration dans les structures de santé existantes.
L’objectif est de rapprocher les services médicaux des populations et de faciliter la prise en charge rapide des personnes présentant des symptômes suspects.
Cette approche permet également de maintenir les soins pour les patients souffrant d’autres maladies, afin que la lutte contre Ebola ne compromette pas l’accès aux services de santé essentiels.
Pour Trish Newport, responsable du programme d’urgence de MSF en Ituri, la réponse doit désormais dépasser les seuls centres spécialisés et atteindre directement les communautés affectées.
MSF appelle ainsi l’Organisation mondiale de la Santé, les agences des Nations unies, les organisations humanitaires et le ministère congolais de la Santé à généraliser la formation des professionnels de santé et des relais communautaires.
L’objectif est d’améliorer la détection des cas, l’orientation des patients et la prise en charge précoce afin de réduire les décès et de limiter la transmission du virus.
Le témoignage d’Emery Guba Mateso, survivant d’Ebola et responsable communautaire dans le camp de Rho, illustre l’importance de cette approche.
Après avoir perdu son fils à cause de la maladie et avoir lui-même survécu à Ebola, il encourage les membres de sa communauté à se rendre rapidement dans une structure de santé dès l’apparition des premiers symptômes.
À l’approche des 100 jours de cette nouvelle épidémie, MSF estime que la RDC doit renforcer une réponse sanitaire capable d’aller directement vers les populations.
Pour l’organisation, l’augmentation des capacités des centres de traitement doit être accompagnée d’une surveillance renforcée, d’une meilleure formation des agents de santé, d’une implication accrue des communautés et d’un accès plus rapide aux soins.
La proximité apparaît ainsi comme l’un des principaux leviers pour freiner la propagation d’Ebola et réduire le nombre de décès.
Face à l’ampleur de l’épidémie, MSF appelle donc à une mobilisation collective et urgente afin que chaque cas suspect puisse être identifié, orienté et pris en charge le plus rapidement possible.
Olivier Kanku
